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L’Entretien du Lundi - Cédric Sorhaindo : «On vit notre handball»
dans la catégorie "Hand Day" le 01.04.2013

 

Sa discrétion, comme sa sagesse, ne sont qu'un leurre, une posture pour camoufler une force de caractère hors du commun. Cédric Sorhaindo est un costaud au cœur tendre, mais il est surtout un mec bien. Parfois nostalgique de son île, La Martinique, de ses traditions, ses coutumes ou tout simplement ses paysages, il a fini par trouver sa place, à Barcelone comme en équipe de France, deux entités qu'il a apprivoisées à force de caractère, d'humilité. Pivot d'envergure, il a utilisé les moments difficiles que la vie lui a imposé pour exister dans un monde où sa légitimité ne peut être contestée...

 

 

Les Bleus, qui se réunissent aujourd'hui avant de défier la Norvège à deux reprises, mercredi à Stavanger puis samedi à Nancy, savent qu'ils peuvent compter avec le joyau de La Trinité, éblouissant lors du dernier Mondial espagnol, amené à rayonner tout au long de l'Olympiade.

-Cédric, «Més que un club» (Plus qu'un club en Catalan), qu'est-ce que cela signifie exactement ?

- C'est d'abord un état d'esprit. Montrer que le club est une famille. Une grande famille. Qu'il est très attentif, soucieux des valeurs dégagées par chacune des sections. Sur, comme en dehors du terrain. Et ces valeurs, le club les partage avec tout Barcelone, avec la Catalogne dont il fait la fierté. Et même au-delà...

 

La formule date de 1968, quand Narcís de Carreras avait pris ses fonctions à la tête du Barça. 45 ans après, est-elle toujours d'actualité ?

Au quotidien, chaque dirigeant, chaque salarié, chaque membre se sent investi d'une sorte de mission : celle de dire : j'appartiens à ce club, et c'est une grande fierté...

 

Vous êtes en Catalogne depuis 2010, vous venez de vous réengager jusqu'en 2015, il semble loin le temps des doutes, des méfiances…

Il y avait un cap à passer : celui de partir à l'étranger. Au départ, j'avais peur de mal faire. Au final, oui, j'ai pu surmonter mes peurs, m'affirmer, j'ai sans doute aussi atteint ma maturité. On m'a très vite donné des responsabilités, on m'a soutenu. Et puis, il y a un cadre de vie, un style de vie qui ont largement contribué à mon intégration.

 

Vous avez dit : «à Barcelone, je vis comme un moine» ; ou encore : «je suis dans mon monde». A quoi ressemble-t-il votre monde ?

Ce n'est pas un monde si différent de celui des autres, mais c'est mon monde. Je ne suis pas casanier, juste un peu secret, mais j'aime bien contrôler tout ce qu'il se passe dans mon monde. J'ai par exemple une hygiène de vie à laquelle je tiens. Je n'ai pas de mauvaises fréquentations. Bien sûr, je me retrouve seul très souvent, ça me permet de me remettre en question, de découvrir une autre culture, de m'instruire. Je vis à Castelldefels, il m'arrive d'aller marcher sur la plage, pas très loin de chez moi, de retrouver quelques copains dans un restaurant où j'ai mes habitudes. Mais il m'arrive aussi d'aller faire un tour avec les joueurs, même si l'on ne parle alors jamais de hand.

 

Barcelone, aujourd'hui, est-il le meilleur club au monde ?

Il y a quatre ou cinq équipes qui se valent. Chez nous, la culture de la gagne, du don de soi, le sentiment de fierté de défendre ces couleurs, de s'aider les uns les autres pour aller le plus haut sont sans doute exacerbés. Mais Kiel, Veszprém, Kielce et bientôt Paris ont également de sacrés projets. On le voit bien dès les huitièmes de finale de la Ligue des Champions. Ça ne rigole plus et, au final, la compétition est plus attractive…

 

"A BARCELONE, IL N'Y A PAS DE TITRE MOINS IMPORTANT QU'UN AUTRE"

 

Kiel, justement, a déjà fait montre d'une versatilité inhabituelle cette saison. Vous n'avez perdu qu'une seule rencontre, à Berlin. Vous avez remporté la Supercoupe d'Espagne, la Coupe Asobal, vous êtes qualifié pour le final 4 de la Coupe du Roi et, bien sûr, pour les quarts de finale de la Ligue des Champions face à l'Atletico. Barcelone vise-t-il le grand chelem ?

Par moment, il nous arrive de jouer un peu moins bien, mais notre parcours est conforme à ce que l'on pouvait espérer en début de saison. A Barcelone, et c'est toujours une question d'état d'esprit, on a toujours voulu tout jouer. Il n'y a pas de titres moins importants que les autres. La chance que l'on a d'ajouter une ligne au palmarès, on ne l'aura pas forcément plus tard. Une ligne, c'est une photo, une date, tout ce qui te projette un peu plus dans l'histoire. Si on peut faire le grand chelem, on le fera. Mais on ne se projette pas. Il n'y a pas de petit match, pas de petit adversaire. Notre volonté est de toujours donner un peu plus pour améliorer les choses. C'est un côté perfectionniste que l'on cultive sans cesse et, à force, ça devient naturel.  D'autant que l'on travaille dans la joie et la bonne humeur. On rigole, mais on est concentré. On vit notre handball. On se sent libéré.

 

Parlez-nous de votre rôle dans cette équipe. A-t-il évolué au fil des mois ?

Avec Jesper Noddesbo, nous avons deux styles de jeu très différents, mais nous sommes très complices. Lui, il se démarque plus, joue de sa mobilité, quand moi je regarde les positions, je coupe les défenses pour mettre les arrières en bonne position de shoot. En défense, j'ai un très gros rôle. On m'a donné beaucoup de responsabilités au fil des mois. La première année, j'étais sur tous les postes, là, je suis vraiment numéro 3, le boss de la défense et ça demande beaucoup de travail.

 

Certains joueurs ont-ils compté plus que les autres dans cette intégration ?

Des joueurs en particulier ? Pas forcément. Des situations différentes, des histoires se sont enchaînées. Laszlo (Nagy) était notre capitaine, et il avait des mots, des attitudes qui font que j'ai beaucoup de respect pour lui. Mais tout s'est fait naturellement. Je suis devenu plus ouvert. Je suis timide, tout le monde le sait, mais je suis aussi droit, bien éduqué, et tout le monde l'a senti et a eu envie de m'aider. Je n'ai pris que deux mois de cours d'Espagnol, puis j'ai préféré apprendre avec les joueurs, au quotidien.

 

"MON ACCENT FAIT RIRE TOUT LE MONDE"

 

Vous vous en sortez aujourd'hui ?

Le plus important, c'est de ne pas avoir peur de s'exprimer. Mon accent fait rire tout le monde, mais je me fais comprendre, oui. Aux Antilles, on mange un peu les «r», là il faut les rouler...

 

Etait-il plus délicat de quitter la Trinité pour la Métropole ou Toulouse pour Barcelone ?

La Trinité pour la Métropole, incontestablement. Mais ce sont deux étapes de ma vie que j'ai vécues différemment. Je suis venu en Métropole en laissant ma famille, mes amis, pour la grande découverte. Je devais me faire opérer de mon genou pour vivre une vie normale, et il n'y avait aucune autre alternative que de venir en Métropole. L'Espagne, c'était l'inconnue la plus totale, la peur de ne pas être à la hauteur. Il m'est d'ailleurs arrivé de me dire que si ça se passait mal, j'aurais au moins eu le courage d'essayer. La plus grande fierté lorsque l'on joue à l'étranger, c'est de sentir que l'on est intégré, quand on sait retrouver un chemin, quand on sait se repérer, quand le quotidien n'est pas une charge…

 

Quels sont vos amis de Martinique dans le handball ? Ceux d'Angers ?

Bien sûr, ceux d'Angers. Teddy (Poulin) restera le premier parce qu'on est arrivé ensemble dans la galère. Yves-André Paschal nous a protégés. Patrice (Annonay) était là. Tout au long de mon parcours, des gens m'ont aidé, m'ont soutenu. Eric Chedotal me considérait comme son fils. Thierry Anti voulait absolument me faire venir à Paris où Bud (Maxime Spincer) m'a, lui aussi, considéré comme son «petit». A mon tour, j'essaie d'avoir ce rôle auprès des jeunes. On dit que je suis attachant, une grosse peluche. Ce n'est pas exactement un rôle de grand frère, mais je suis là pour écouter, pour rigoler. Rencontrer les bonnes personnes aux différentes étapes de sa vie, c'est un privilège. Je continue de grandir, et si je peux aider les autres à grandir aussi... Je me souviens d'une discussion avec Jackson (Richardson), à Miami, lorsque la LNH avait organisé la Coupe de la Ligue. Il m'avait dit : tu peux gagner autant de titres que tu veux, mais seules les relations, les amitiés que tu te forgeras compteront véritablement.

 

Vous retrouvez aujourd'hui l'équipe de France, engagée dans la course à l'Euro. Dans quel état d'esprit êtes-vous ?

Ça fait toujours plaisir, même après un échec comme celui de janvier. Ça permet une coupure dans un quotidien de plus en plus exigeant, avec des matches de plus en plus compliqués à négocier. L'équipe de France ? C'est aussi le moyen de représenter mon île !

 

"DAOUDA ET DIDIER, QUELQUE CHOSE EST PARTI EN MOI EN MEME TEMPS QU'EUX"

 

Didier Dinart et Daouda Karaboué ont mis un terme à leur carrière internationale. Ils vont beaucoup vous manquer ?

Enormément. Il n'y a pas un mot pour décrire ce qui nous unit. On était toujours ensemble, en train de rigoler. Quelque chose en moi est parti en même temps qu'eux. On vivait l'aventure avec une bonne humeur naturelle. Nous sommes liés, complices à jamais.

 

Comment imaginez-vous le parcours de l'équipe de France dans cette Olympiade ?

On va travailler. Maintenant, on repart sur un nouveau cycle. On aura des hauts, des bas, mais si on garde les valeurs qui étaient celles des anciens, de belles choses vont nous arriver. Il faut laisser le temps, comme pour tout. Retrouver de la complicité, reconstruire une équipe. Mais il ne faut pas se méprendre, on restera toujours compétitif. Il n'y a qu'à voir les jeunes talents qui vont nous rejoindre pour en être assurés.

 

Et votre rôle dans cette équipe ? On imagine que vos responsabilités vont encore être accrues ?

Je ne me focalise pas là-dessus. Je suis au service de l'équipe. Les responsabilités, ça s'obtient, ça ne se donne pas. Il faut être responsable quand ça va bien, comme quand ça va mal. Je vais prendre la place que l'on me donne. Me remettre en question, jour après jour, c'est véritablement ma nature.

 

Une révélation pour finir. Pourquoi Tchouf ?

Ça a été Tchouf-Tchouf, Tchouf, ici c'est Tchoufy. Omar Tchouf, aussi, parce que je marchais bizarrement. Tchouf-Tchouf, c'est un poisson globe présent aux Antilles. Le surnom date de l'époque où je jouais au foot à la Cité, devant chez moi. D'ailleurs, dès que j'y reviens, c'est toujours Tchouf. Mes potes sont surpris de voir que je n'ai pas changé, que j'ai gardé mon identité. Ils sont fiers de ça, plus que de mon parcours. Dans tout ce que je fais, je ne veux surtout pas être un modèle, mais j'ai la responsabilité d'essayer d'être un exemple. Le message, c'est : malgré les handicaps que l'on peut avoir, si l'on garde le goût du travail, si l'on garde l'humilité, on peut y arriver.»

 

 

 

Source : Expert-Handball


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