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Liberté Pour Les Auditeurs : Ultras du PSG , les oubliés du Parc
dans la catégorie "Liberté pour les auditeurs" le 31.08.2013

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Alors que le Paris SG dispute ce samedi à 17h, contre Guingamp, son deuxième match à domicile de la saison, les tribunes du Parc des Princes comptent plus que jamais leurs abonnés absents: les ultras. Enquête. 

 

 

Le Parc des Princes sort peu à peu de son silence estival. Pour la deuxième fois de la saison, le PSG joue à domicile: après Ajaccio, c'est au tour de Guingamp de venir défier le club de la capitale, samedi après-midi (17h).

 

A l'heure de la "rentrée", l'émotion bat son plein chez tous les supporters. Enfin, presque tous...  

 

Il y a quelques années encore, du temps où il était abonné au Parc, Ralf aurait bouillonné d'impatience, lui aussi. Il aurait retrouvé ses amis dans une brasserie proche du stade, pour débriefer toute la nuit le mercato, évoquer les nouveaux joueurs, débattre des animations, des déplacements, des relations avec la direction du club... Car Ralf est un "ultra". Un adorateur du PSG, de son stade et de ses fameux virages de 6000 places chacun, Auteuil et Boulogne. Un supporter historique comme il y en a de moins en moins. 

 

"Ce stade n'a plus d'âme"

 

Mais Ralf ne sera pas de la fête. Depuis que le PSG s'est éloigné d'une partie de ses supporters, ce rugbyman père de famille affirme ne plus ne trouver ses marques au Parc. Pourtant il en a vu défiler, des joueurs, des entraîneurs, des dirigeants, en vingt ans de fidélité, dont cinq comme adhérent du groupe des "Authentiks" (tribune G, côté Auteuil), dissout en 2010. "Finalement, il n'y avait que nous qui restions à travers le temps", se souvient-il. Mais un lien s'est brisé entre le PSG et ces supporters-là. Les mesures prises sous la présidence de Robin Leproux après la mort de Yann Lorence, un habitué de Boulogne décédé en 2010 à la suite d'affrontements avec ceux d'Auteuil, ont frappé fort en sanctionnant 13 000 personnes, en l'occurrence les abonnés des virages et quarts de virage.

 

Dissolution des associations, rupture du dialogue avec leurs membres, placement aléatoire (sans place fixe attribuée à l'année)... Ces mesures, prises pour mettre un terme aux violences fratricides entre Parisiens, devaient être exceptionnelles et temporaires. "On nous avait dit qu'on viendrait nous rechercher, que le PSG ne pouvait pas se passer de ses associations de supporters", poursuit Ralf. Trois ans ont passé. Le retour des groupes n'a jamais été aussi peu désiré.  

Si l'histoire du club reste intrinsèquement liée (pour le meilleur et parfois le pire) à ces passionnés, le volet qatari s'écrit à l'évidence sans eux.

 

Au Parc, les tribunes Auteuil et Boulogne ont même été débaptisées. Un public en partie nouveau a pris place dans les gradins, des spectateurs "clients" dont les sondages étudient les habitudes de consommation. "Pourquoi vouloir le retour des associations, après tout ? Le stade est plein", souligne-t-on à la direction du club. De fait, le Parc est complet à chaque match - environ 44 000 personnes. "Le PSG nous a remplacés; comme une femme qui se détourne de son premier amour", résume Mohamed, un ancien d'Auteuil, aujourd'hui membre du Combat Continu, un groupe contestataire. Alors, pour Ralf et pour beaucoup d'autres, le Parc, c'est terminé. "Ce stade n'a plus d'âme", estime-t-il.  

 

"Un micro-combat"

 

Il a fallu faire preuve de conviction, mais ils ont fini par accepter l'invitation de L'Express. Dans cette brasserie de quartier du nord de Paris, Kevin, 24 ans, et David, 34 ans, ont l'air un peu méfiant. "Les médias nous ont fait trop de mal", lâchent-ils. Le premier travaille dans le tourisme ; le second, dans la communication, et porte un t-shirt noir frappé du slogan "Liberté pour les Ultras". Attablés face à un croque-madame, ils baissent la garde, et racontent leur combat. Depuis trois ans, les ultras parisiens sont en résistance, rejoints par d'autres abonnés, victimes collatérales, comme eux, du "plan Leproux".

 

Pour se faire remarquer, et éviter de sombrer dans l'oubli, ils mettent au point diverses stratégies: boycott du Parc et des produits dérivés du PSG,manifestations, et surtout, déplacements pour assister aux matchs de l'équipe parisienne à l'extérieur. Ils pratiquent alors ce qu'il est convenu d'appeler dans leur jargon le "contre-parcage", c'est-à-dire le fait de voyager sans passer par le biais du club et de son déplacement officiel. S'ils parviennent à pénétrer dans le stade, ils peuvent chanter, déployer des banderoles de protestation, voire "craquer" quelques fumigènes.

 

Le procédé exaspère les autorités et le PSG, qui s'emploient à barrer la route aux groupes militants, au mépris, selon ces derniers, des libertés publiques. "Arrêtés préfectoraux liberticides; ruptures abusives d'abonnement et de vente de billets; pluie d'interdictions de stade, aux fondements très discutables; entraves à la liberté de déplacement, d'association, d'expression, énumère David. Mais c'est un micro-combat qui n'intéresse personne... La société voit dans ces supporters, au mieux des beaufs, au pire des brutes".

 

Avec le changement de gouvernement, en 2012, certains espéraient un assouplissement de la politique menée par le Ministère de l'Intérieur. Il n'en fut rien. Idem du côté du club. "Le PSG doit rouvrir les négociations pour que nous trouvions ensemble les modèles qui fonctionnent", suggère David, qui, malgré des signes de lassitude, entend continuer la lutte.  

 

Bataille judiciaire

 

Sur le plan judiciaire, le mouvement parisien aiguise ses armes, par le biais notamment de l'un des groupes en pointe dans la protestation: Liberté pour les Abonnés (LPA). Officiellement dissout pour cause de "pressions et menaces sur ses membres et leurs familles", selon l'un de ses porte-parole, James, l'ex-LPA rassemble de manière informelle plusieurs centaines de supporters, "au-delà des anciennes rivalités". Le collectif conteste devant les tribunaux les interdictions administratives de stades (IAS), "élément essentiel de la répression" selon James. "Elles peuvent être délivrées sans apport de preuves, et les recours, très longs, ne sont pas suspensifs, poursuit-il. Aujourd'hui, elles sont même utilisées en dehors du cadre sportif". Ainsi, plusieurs supporters auraient reçu des IAS après les événements du Trocadéro, en mai dernier, alors qu'ils ne se trouvaient vraisemblablement pas sur les lieux de la "fête gâchée" du champion de France.

 

De son côté, un avocat parisien, Me Cyril Dubois, a assigné le PSG en justice concernant des clauses d'abonnement au Parc jugées abusives. L'une de ses clientes a vu son abonnement résilié après avoir pris part, l'an dernier, à une action de protestation non-violente. "Si nous gagnons, les clauses en question pourraient être déclarées nulles et non écrites pour tous les abonnés du PSG", assure l'avocat. L'audience aura lieu en janvier 2014.

 

Enfin, la Commission nationale de l'Informatique et des Libertés (Cnil) a été saisie de plusieurs plaintes. Elle enquête sur une éventuelle liste noire de supporters jugés indésirables, établie par le PSG en dehors de tout cadre légal, et dont le club réfute l'existence. Les résultats sont attendus prochainement. "Malgré tout, les recours restent occasionnels, insiste James. Nous ne pouvons pas tous nous payer les services d'un avocat et une procédure judiciaire".  

 

Des revendications très variées

 

L'esprit de contestation est inscrit dans l'ADN des ultras, qui se comparent volontiers à des militants syndicalistes opposés au foot-business. Mais depuis trois ans, et face au refus du club d'identifier des interlocuteurs crédibles, le "front" protestataire s'est éclaté et peine à mutualiser ses actions. "LPA n'a pas plus de légitimité officielle que les autres groupes", estime-t-on à la direction du PSG. Et si la plupart des contestataires ont pour revendication un sport populaire, des tarifs d'abonnement abordables, et la fin du placement aléatoire dans certaines tribunes du Parc (virages et quarts de virage), les associations - ou ce qu'il en reste - n'ont pas de vision claire de leur avenir.

 

"Nous cherchons d'abord à récupérer nos droits civiques et la liberté de supporter notre club, affirme James. Nous élaborons un plan d'évolution des mesures Leproux, et sommes prêts à poursuivre le travail engagé".  

Mais la bataille des trois dernières années a laissé des traces, comme l'explique à L'Express un fan désireux de garder l'anonymat : "Aujourd'hui, certains supporters haïssent le PSG, autant qu'ils l'ont aimé. Leur combat s'est radicalisé, face au silence et au mépris du club. Ils veulent se faire entendre depuis la rue...".

 

Un phénomène que confirme Mohamed, 28 ans, du Combat Continu : "La plupart sont des jeunes d'une vingtaine d'années, qui n'ont pas forcément reçu l'enseignement des valeurs et de la culture ultras". Alors, en attendant un signe d'ouverture de la part du PSG, les groupes s'accrochent aux bruits de couloir. Nasser Al-Khelaïfi, le président du club, aurait déploré un manque d'ambiance au Parc, ainsi que les sifflets et insultes émanant du "nouveau" public, plus exigeant et versatile que le précédent. Il souhaiterait un retour des "historiques". Vrai ou faux ? Une certitude: le ballon est dans le camp du PSG.  


En savoir plus sur http://www.lexpress.fr/actualite/sport/football/ultras-du-psg-les-oublies-du-parc_1277361.html#OjyfVHLgXEaAQJax.99 


Les commentaires (1) :

de Parisien 974 il y a 3 Ans, 9 Mois , 19 Jours, 16h 11mn


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